TEMPS DE TRAVAIL : EVOLUTION ET CONFUSION

Posté par 2ccr le 24 février 2014

temps travNos gouvernants partent du principe qu’il faut travailler plus pour produire plus de richesses. Du coup, on est en droit de se demander si la réduction du temps de travail, qui paraissait inhérente à nos sociétés modernes est, oui ou non, un processus inéluctable, et si la durée légale du temps de travail a encore un sens. Les pronostics du très célèbre économiste Keynes, qui annonçait en 1931 que le temps de travail s’établirait à 15 heures par semaine, se réaliseront-ils ? Les temps de travail vont-ils continuer à s’assouplir, comme le pense Jean Viard, l’ardent défenseur des 35 heures ? Ou au contraire vont-ils se durcir non pas tant par leur durée que par leur intensité ?

 

Pour Bénédicte Reynaud, économiste, la remise en question des trente-cinq heures avec les lois Fillon (2003 et 2004) marque une rupture essentielle dans le processus heurté de réduction du temps de travail depuis 1840. « Pour la première fois dans l’histoire des RTT en effet, des lois ont réussi à remettre en cause la référence à la durée légale du travail qui déclenche les heures supplémentaires et le chômage partiel », explique cette économiste atypique qui fait intervenir d’autres sciences sociales, comme l’histoire, le droit, la sociologie et la philosophie, pour analyser les processus économiques. « Je considère aujourd’hui que la référence aux 35 heures n’existe plus, dans la mesure où les entreprises sont autorisées à négocier une durée de travail plus longue que la durée légale. » La négociation par l’entreprise de droits inférieurs à ceux qui étaient inscrits dans la loi devient donc légale. Pourtant, « bien plus que les salaires, ces questions de réduction du temps de travail ont toujours été au cœur des négociations et des luttes des salariés », souligne-t-elle. Aujourd’hui, la diminution de la durée du travail est effective, mais on n’en connaît ni le rythme, ni l’ampleur. « 1840 semble être le point haut de la durée du travail, à 3 000 heures par an, estime la chercheuse. Mais il faut attendre 1893 et la première enquête sur les salaires et la durée du travail pour avoir une première estimation – autour de 10 h 30 – de la durée journalière moyenne du travail. »

 

Si les évolutions quantitatives sont mal connues, en revanche, les raisons de la diminution de la durée du travail le sont mieux. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’histoire de la réduction du temps de travail n’est absolument pas un processus linéaire », avance Bénédicte Reynaud. C’est un phénomène heurté, fait d’avancées et de reculs, et de conflits. Les lois et décrets qui s’annulent les uns les autres, les bris de machines et les grèves en sont autant de preuves manifestes. Tout d’abord, dans les années 1840, les médecins – dont le célèbre Villermé – ont contribué à faire reconnaître l’existence d’un lien causal entre conditions de travail (dont la durée) et maladies professionnelles. Ensuite, l’État se préoccupe de la mauvaise santé d’une part croissante de la population quand s’exprime, après la défaite de 1870, la volonté de préparer la revanche vis-à-vis de l’Allemagne. Or, la natalité est stagnante, la population chétive (la taille des conscrits diminue, le taux de réforme augmente), ce qui inquiète les militaires. L’État doit préserver la santé de l’ouvrier français, qui est aussi le soldat défenseur de la patrie et de ses usines. Pour ces raisons, est votée la loi de 1892 qui interdit le travail de nuit aux femmes et réduit à 11 heures la durée de leur travail ainsi que celle des enfants.

 

Au XXe siècle, les raisons de la baisse de la durée du travail sont plus classiques : faire bénéficier les salariés des gains de productivité en 1919 (journée de 8 heures) ; lutter contre le chômage en 1936 (loi des 40 heures) ; partager le profit et le progrès entre 1945 et 1970. Enfin, lutter contre le chômage avec les lois Aubry sur les 35 heures. « Ce que l’on peut retenir de l’histoire de la RTT, c’est l’omniprésence en France de l’État et de la loi », termine Bénédicte Reynaud. « Mais attention, les lois ne sont pas aussi rigides que le laissent supposer les ultralibéraux, prévient-elle. Une durée légale n’a jamais empêché d’adapter l’organisation du travail aux besoins spécifiques des entreprises, à travers les nombreux outils de flexibilité. » Bref, pour l’économiste, « la durée du travail n’a pas fini d’être l’affaire de l’État ».

 

De même, Jean Viard pense que c’est le politique qui fixe la durée du travail, et que l’économie s’y adapte. Pour lui, on assiste aujourd’hui à la fin du temps industriel, construit sur le travail mesuré en heures. Ce temps-là structurait les sociétés, comme le temps religio-agraire avant la révolution industrielle. « Nous entrons dans le temps des sociétés souples, aux limites floues, avec une concurrence dynamique entre travail et temps libres, explique-t-il. C’est pourquoi les 35 heures à elles seules ne signifient pas grand-chose, il faut les corréler à l’augmentation de la durée du temps non travaillé, due essentiellement à l’accroissement de la durée de vie. » Et il propose ce calcul simple. Le temps de travail en 2004, c’est 1 600 heures annuelles, soit environ 63 000 heures pour 40 ans de travail dans une vie moyenne de 700 000 heures. En comparaison, en 1900, la durée de vie était de 500 000 heures et le temps passé à travailler de 200 000 heures. Autrement dit, le travail, qui occupait 40 % de la vie d’un individu, n’en occupe plus que 10 %. « On a parlé de révolution pour moins que cela », s’écrie-t-il enthousiaste.

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