EMMANUEL MACRON, LE GENDRE IDÉAL DE L’ÉCONOMIE

Posté par 2ccr le 4 septembre 2014

macron2Emmanuel Macron était le parfait candidat pour devenir ministre de l’Economie et de l’Industrie. Pas en raison de son expérience ou de ses compétences, bien sûr. Diplômé de Sciences Po, énarque, il a été l’assistant du philosophe Paul Ricœur, avant de travailler très lucrativement aux fusions-acquisitions pour la banque Rothschild. Intéressé par la politique mais sans avoir jamais été militant, stratège des « politiques de l’offre » en tant que conseiller de François Hollande, Macron avait, dès 2007, officié comme rapporteur de la mission Attali pour la « libération de la croissance ». Il n’a donc jamais été élu, n’a jamais dirigé la moindre entreprise, n’a aucune expérience de l’industrie et il n’a jamais fait d’étude d’économie. Mais il connait plein de monde important, et c’est l’essentiel.

C’est le candidat parfait. Parfaitement en adéquation avec toutes les politiques menées en France depuis trente ans, Monsieur Macron conclut en apothéose un cycle ouvert en 1983 sous Pierre Mauroy. Un cycle qui a marqué la soumission de la France aux intérêts des grands groupes, la financiarisation de l’économie, le démantèlement de l’industrie. Déjà en 1983, l’époque était au « rétablissement des marges », à l’équilibre des finances publiques et à la modération salariale. Mais c’est dans les années 1990 que la baisse du « coût du travail » s’impose comme la matrice de toutes les politiques de l’emploi. C’est ainsi qu’Edouard Balladur, puis Alain Juppé inventèrent les « baisses de charges ». L’idée de génie était simple : réduire le coût du travail sans baisser les salaires. Pour cela, l’État s’engageait à prendre à sa charge une partie des cotisations sociales payées par les entreprises. Au début, ces allégements se font à petites doses. En 1993, il s’agissait d’alléger les cotisations de la branche famille pour les salaires compris entre 1 et 1,2 Smic. En 1995, Alain Juppé supprime toutes les cotisations à hauteur de 12,8 % du salaire brut de ces mêmes salariés. Puis ce fut la monté en puissance. Après le rapport Malinvaud remis à Lionel Jospin en 1998, et pour compenser la baisse du temps de travail, les cotisations sociales sur tous les bas salaires sont massivement réduites par les lois Aubry. La réforme Fillon de 2003 renforce ce dispositif en fusionnant et en pérennisant toutes les mesures prises auparavant. En 2012, le coût total de cette politique de subvention généralisée de l’emploi était estimé à 19,9 milliards d’euros, ce qui n’inclut pas les aides ciblées ou géographiques.

C’est donc LA grande innovation du hollandisme qu’Emmanuel Macron est chargé de mettre en œuvre. Cette partition originale, ce fameux « pacte de responsabilité » qui n’engage que le gouvernement : une nouvelle baisse de 40 milliards d’euros de cotisations sociales. 40 milliards. Le double des allégements existants. Une somme qui représente la moitié du déficit public et qui est supérieure au déficit commercial du pays. De quoi financer près de 700 000 créations d’emplois !

Il serait pourtant injuste de limiter les talents de Monsieur Macron à sa seule virtuosité dans l’art de jouer la partition de ses maîtres. Ce garçon a aussi des idées à lui. Celles du rapport Attali par exemple dont il a été le rapporteur et qui prévoyait l’assouplissement des licenciements, l’extension du travail du dimanche, la remise en cause de la durée légale du travail, la concurrence généralisée dans l’éducation, la fin des professions réglementées, la libéralisation totale du système de santé…

Mais c’est surtout par sa fine connaissance du secteur bancaire qu’Emmanuel Macron pourra porter les intérêts de la France. Pourvu, bien sûr, que ceux-ci soient régulièrement reversés à ses amis de la finance. Il faut dire qu’en tant que directeur adjoint de l’Elysée pendant les deux premières années du quinquennat de François Hollande, Macron déjà beaucoup sévi. Il a d’abord activement œuvré à vider de tout contenu la réforme bancaire promise par le candidat Hollande, puis minutieusement contribué à saboter la taxe européenne sur les transactions financières ou encore les réformes voulues par le Commissaire Barnier, notamment l’interdiction aux banques de spéculer pour leur compte propre ou la séparation entre les activités de banque de détail et les activités de banque de marché .

Emmanuel Macron est parfait. Sa nomination prouve le talent de nos élites à persévérer et à se renouveler tout en gardant le cap, tout droit vers l’archipel de l’austérité et l’île de la déflation. Soyons sûrs que ce jeune protégé de Jacques Attali pourra servir encore longtemps. Pendant trente ans, peut-être. Et lorsqu’il ne restera plus de cotisations sociales à baisser, il est certain que l’inventivité de cet énarque saura s’attaquer aux derniers « tabous », à la diminution du salaire net, à l’évaporation du Smic, à l’anéantissement du code du travail. Monsieur Macron saura sans aucun doute « libérer la croissance » de toutes les contraintes humaines, en soulageant les entreprises du poids excessif de leur salariat. Car la recette ultime de la compétitivité, il finira bien par la trouver, serait bien sûr de faire disparaître ce maudit salaire.

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