MUTUELLES : le loup dans la bergerie pour la mise à mort de la sécu !

Posté par 2ccr le 24 novembre 2014

Norway: Trolltunga which means  Troll's TongueL’accord national interprofessionnel (ANI) rend obligatoire au 1er janvier 2016 l’adhésion des salariés à une complémentaire santé d’entreprise. Malgré les apparences, cette disposition n’est pas une avancée sociale : elle ouvre un énorme marché aux assurances privées au détriment de la protection sociale collective.

Pour répondre aux dispositions européennes relatives aux services d’assurance et aux services financiers à l’obligation de constituer des réserves financières d’un même niveau que les assurances, les mutuelles ont dû fusionner entre elles et avec des assurances. Elles étaient des milliers, et on en comptait encore 630 fin 2012. L’ANI va accélérer le processus, et elles ne seront plus qu’une centaine en 2018 à relever réellement du statut de mutuelles… avant de se retrouver quelques années plus tard avec deux ou trois grands groupes qui se partageront le gâteau !

Il est difficile aujourd’hui de distinguer les mutuelles et les assurances. Des mutuelles créent des filiales sous forme de sociétés anonymes pour prendre des activités qui étaient autrefois spécifiques aux assurances. Les sociétés d’assurance mutuelle (les« mutuelles d’assurances ») dépendent du code des assurances et non de la mutualité. Elles sont à but non lucratif, mais ont la possibilité de sélectionner les risques, d’appliquer des tarifs différents pour les risques considérés comme « aggravés ». Des groupes de protection sociale (GPS) comme Malakoff-Méderic rassemblent dans une même entité des institutions de retraites complémentaires, de prévoyance, des mutuelles, des sociétés d’assurance…Pour capter « le marché de la santé », les assurances se concentrent et proposent des offres alléchantes, parfois moins chères que les mutuelles. Les mutuelles s’adaptent en renonçant à leurs principes pour proposer « une gamme d’offre de contrats ». On se soignera selon ses moyens…

La généralisation des complémentaires santé d’entreprise va obliger des millions de salariés, adhérents individuels à des mutuelles, à souscrire à des contrats collectifs gérés en grande majorité par les assurances. Le Conseil constitutionnel a en effet imposé qu’en absence d’accord d’entreprise ou de branche, la complémentaire santé soit choisie par l’employeur. Des mutuelles vont donc disparaître, d’autres se « démutualiser » et intégrer les structures marchandes. La Mutualité pourrait disparaître d’ici quelques années au profit de groupes capitalistes qui bénéficieront du monopole des complémentaires santé.

Les inégalités entre les salariés vont s’accroître. Les cotisations sociales, les garanties accordées seront différentes d’une entreprise à l’autre. La couverture pourra être limitée à un panier de soins minimum, et ceux qui le pourront devront payer une sur-­complémentaire, un gain supplémentaire pour les assureurs privés. L’employeur, lui, pourra déduire sa part de cotisations de la masse salariale au détriment des rémunérations. Notez au passage que si vous êtes un salarié protégé par une mutuelle d’entreprise,  les députés ont supprimé l’année dernière l’exonération fiscale sur les cotisations des employeurs. Résultat, vos impôts ont augmenté cette année de 50 à 200 € à cause de ceci. Après avoir obtenu le quasi-monopole de la couverture complémentaire, les assurances vont continuer leur offensive pour accroître leur part du « marché de la santé » au préjudice d’une Sécurité sociale affaiblie par les contre-réformes successives.

J’ai même entendu que notre ministre de la santé, Marisol Touraine, pense que les mutuelles devraient rembourser moins afin que par ricocher les professionnels diminuent leurs tarifs, car d’après elle, « les complémentaires trop généreuses finissent par entretenir des honoraires trop élevés», et qu’elle faisait « le pari de l’autorégulation ». C’est quand même très original de se dire que quand le patient sera peu remboursé, le médecin baissera gentiment ses tarifs, d’autant que beaucoup de patients sont déjà mal remboursés ! C’est en effet vraiment méconnaître le fait économique élémentaire que la consommation de santé est la consommation désirée par excellence, sur laquelle le consommateur n’a aucune prise. A ce niveau, je ne sais pas si c’est de la naïveté, de l’incompétence ou la preuve que ces gens là vivent dans une bulle et sont complètement déconnectés des réalités !

Une seule réponse est possible: le remboursement à 100 % par la Sécurité sociale, la gratuité des soins… pour cela c’est très simple, supprimer toutes les exonérations de cotisation dont ont profité les entreprises jusqu’a maintenant et nationaliser ou plutôt socialiser tout le secteur de la santé et notamment toute l’industrie du médicament. La santé ne doit pas être une marchandise, l’accès aux soins doit être garanti à chacun de nous quel que soit ses revenus. Les entreprises auraient assez d’argent pour financer des contrats de mutuelles d’entreprises mais pas assez pour payer des cotisations de sécurité sociale !!! D’autre part, on ne parle jamais assez des caisses d’Assurance Maladie Alsace-Moselle qui remboursent mieux par exemple à 90% une visite chez un généraliste sur le tarif conventionné ? Caisses qui sont bénéficiaires ? Comment ? Pourquoi ?

Par C.PARFAIT en navigant sur le net

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3 Réponses à “MUTUELLES : le loup dans la bergerie pour la mise à mort de la sécu !”

  1. J. - 86.***.3.*** dit :

    Très bon article, bien documenté j’ajouterais une question ?
    Comment chacune de ces assurances qui se partagent le gâteau de notre protection sociale va pouvoir faire face aux remboursements sans augmenter considérablement ses tarifs ?
    Nous voyons bien, qu’il ne s’agit de confisquer encore plus de nos moyens d’existence au profit des actionnaires.
    Le temps est venu de reconquérir une véritable Sécurité Sociale sans exonérations de cotisations : la sécu n’est pas un impôt, ni une taxe, c’est une partie de notre salaire.

  2. S Bernard dit :

    Aucun problème à reprendre de larges extraits d’un article publié dans le journal du NPA « l’Anticapitaliste » , mais ce serait plus correct de citer la source

 

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