L’INDÉCENCE D’UNE ÉPOQUE

Posté par 2ccr le 4 avril 2015

 vanizeOn vit une époque formidable, le patron de Renault (où l’Etat conserve une part), va toucher 7,2 millions d’euros pour l’année 2014, un quasi triplement de sa rémunération de 2013 (2,67 millions), et comme Carlos Ghosn, puisque c’est de lui qu’il s’agit, va également recevoir à peu près la même somme chez Nissan, ce patron pèse donc la bagatelle de 800 SMIC ! Il faut se souvenir qu’il y a plus de 20 ans, le salaire de Raymond Lévy, alors patron de la Régie, représentait moins de 20 fois le SMIC de l’époque !

Pire encore, il ne faut pas oublier qu’il y a 20 ans, le taux marginal d’imposition était de 56,8%, et non de 45%, comme aujourd’hui, ce qui fait que les très hauts salaires sont doublement gagnants : non seulement leur montant a explosé, mais les impôts sont plus légers (il ne faut pas oublier ici que les très « communistes » États-Unis de Nixon avaient encore un taux d’imposition sur le revenu marginal supérieur à 70%) ! Voici une illustration bien concrète de ce que dénoncent Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Camille Landais dans leurs travaux. Aux Etats-Unis, 95% de la croissance depuis 2009 est allée à 1% de la population alors que les revenus de 99% de la population stagnent depuis 40 ans.

Un autre patron a provoqué le scandale, celui de Radio France, Mathieu Gallet, qui en prônant la rigueur, et envisageant de drastiques réductions d’effectifs, s’est offert une rénovation de son bureau pour la modique somme de 105 000 euros, et il n’y est pas allé de main morte, le PDG du service public : 72 000 euros ont été consacrés à la restauration des boiseries, une partie des murs étant plaquée de boiseries précieuses en « bois de rose », bois exotiques rare et cher que l’on utilise plutôt pour la marqueterie, ou à la fabrication d’instruments de musique. Ces gens là sont vraiment déconnectés des réalités des français !

Quittons le monde de l’entreprise pour visiter celui des élus où l’on a appris que les députés, en toute discrétion, et à l’unanimité, Front National y compris, s’étaient offert récemment un joli cadeau aux frais du contribuable. En effet, ils ont décidé le doublement de la durée de leur indemnisation en cas de défaite électorale, confirmant le proverbe « on n’est jamais si bien servi que par soi même ».  C’est entre autre pour cela que les élus devraient être révocables …

Les ministres ne sont pas en reste et leurs rémunérations, ainsi que celles de leurs conseillers atteignent des sommets, et en 2013 elles frôlaient déjà les 85 millions d’euros, ce qui représente 1,30 € par français, les primes dépassant les 20 millions d’euros, soit une hausse de 3% par rapport à 2012, hausse dont aimeraient bien profiter aussi les travailleurs. Tant que la politique sera un métier et les mandats non limités en nombre et en durée …

Enfin, de toutes les façons, comment justifier qu’un homme puisse gagner 400 ou 800 fois plus qu’un autre ? N’avons-nous pas atteint des sommets d’indécence, sans s’en rendre compte ? Comment pouvons-nous continuer à voter pour des élus plus préoccupés par leur propre rémunération et leur carrière que le bien public ? Comment écouter le discours du Medef qui préconise de baisser les salaires et augmenter le temps de travail ? Comment faire abstraction des 250 milliards d’aides et subventions publiques accordées au secteur privé et dont profitent presque exclusivement les grandes entreprises qui rémunèrent grâcement leur PDG et actionnaires ?

Pour finir, une petite anecdote : Mélissa Deramecourt est caissière dans un hypermarché Auchan. Son mari est manutentionnaire dans le même établissement.  Ils n’ont pas d’enfants. Ils payent 650 euros d’impôts sur le revenu par an. Leur employeur, Gérard Mulliez, gagne un milliard d’euros par an. Il réside en Belgique dans le célèbre village qui a accueilli Gérard Depardieu, cet autre grand patriote. Il a payé cette année 135 euros d’impôts sur le revenu. La société de Gérard Mulliez est imposée à 1% sur les bénéfices.

Mais au final, les truands ne sont ni Mulliez, ni Depardieu ou leurs condisciples, les vrais coupables ce sont les gouvernants européens qui permettent et organisent ce type de scandale. Le plus effarant dans notre époque, c’est que nos sociétés se révèlent pour le moment largement incapables de réagir devant cette envolée des inégalités, qui ne trouve aucune véritable traduction politique, les citoyens ont intériorisé l’idée que l’on ne peut pas faire autrement et sont complètement résignés.

 Yan HAMARD

« Si tu ne participes pas à la lutte, tu participes à la défaite »… B. Brecht

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4 Réponses à “L’INDÉCENCE D’UNE ÉPOQUE”

  1. Antoine dit :

    Si la part des salaires dans le PIB était resté au niveau des années 1990 chaques salariés recevrait environ 900 euros de plus par mois !

  2. Grumeau Couillasse dit :

    Mon ami, il n’y a rien d’autre à faire qu’à désobéir le plus discrètement possible afin d’éviter les emmerdes, et attendre l’effondrement inévitable de cette société corrompue.
    Car c’est de cela qu’il s’agit, d’une corruption quasi générale, à tous les niveaux de la pyramide sociale. l’humain ne se voit plus que lui-même, rapporte tout à lui et se fout totalement de ce qui ne lui assure ou augmente pas son niveau de confort, et de bien-être.
    Bien souvent ceux qui râlent sont des lâches, ou des abrutis, car ils ne veulent pas modifier leur comportement et continuent à nourrir le système. Ils attendent que d’autres fassent bouger un peu les choses, ce qui de toutes façons n’est pas la solution puisque cela génère le durcissement de la politique d’exploitation ainsi que le traitement social.
    On peut causer sur le web, bien sur. Mais à part quelques grandes révélations ça ne sert pas à grand chose. Et de plus ça devient risqué, l’administration veille, les instincts de chasse sont exacerbés !
    Non, vraiment rien d’autre à faire que de ne plus écouter ces multiples voix mielleuses ou autoritaires, ne plus obtempérer systématiquement comme de mauvais robots, et orienter notre pensée puis nos gestes vers des thèmes primaires comme « la beauté et la fugacité de la vie », « qu’ils aillent se faire foutre » etc, les domaines passionnants de réflexion et d’action n’ayant jamais étés aussi nombreux qu’à notre époque.

  3. La vie est belle dit :

    Article parfaitement édifiant… Mais ô combien banal… Ça fait des années que ces sur-rémunérations patronales sont dénoncées et pourtant toujours le même constat…Ça continue…. Ce qu’on doit avoir en tête, c’est que le monde patronal et celui de nos (trop) chers dirigeants ne fait qu’un… Pas étonnant que quand les uns s’attribuent de belles augmentations les autres suivent en faisant de même(il faut bien se récompenser de b… le peuple). Un livre extrêmement intéressant sur l’histoire du patronat traitant de cette fameuse imbrication existe… Il s’y parle de ces grandes dynasties et de leurs liens étroits avec l’état… Le cas du système Mulliez est évoqué et permet de comprendre comment l’ex « pognonné » numéro 1 de France peut se permettre de payer si peu d’impôts… Ce livre c’est « histoire secrète du patronat en France de 1945 à nos jours »…

  4. Geneviève dit :

    Bonjour Robert Gil, je vous lis depuis un certain temps déjà. Il y a quelques jours, je vous avais fait une remarque (sur FB) à propos d’une photo que je trouvais dévalorisante pour l’article. Ensuite, j’ai remarqué que vos choix étaient plus proches du corps de l’article.
    Vos articles concis et essentiels sont parfaits pour la lecture à l »écran, parfaits pour se souvenir du contenu.
    Comme celui-ci qui met en exergue l’essentiel.

    Bien entendu, les cas sont connus, mais c’est la synthèse et la comparaison brute qui devrait secouer les méninges…

    Il y a la désobéissance « en lousdé », certes, mais je la préfère ouverte et évidente. Il faut choisir son camp.
    Il n’est pas loin, le jour de la grande bascule. Et aucune révolution n’a eu lieu dans la dentelle.

    Ce genre d’information doit gagner insidieusement la « base » dans les entreprise, dans les familles, chez tous les citoyens.
    Il faut aussi leur dire comment on détourne leur attention des vraies raisons de leur misère, en les distrayant avec des gadgets, la télé, la consommation idiote.

    Leur apprendre encore et encore qu’on se moque de nous, de plus en plus ouvertement.

    Vous le faites bien.
    Mais nous devons de toute urgence passer à l’étape suivante : faire en sorte que le plus grand nombre soit informé, et surtout, se sente concerne par la vie non-choisie qu’on lui impose.

    Bonne journée.

 

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