À LA RECHERCHE DU SOCIALISME PERDU

Posté par 2ccr le 10 octobre 2015

 rchercheL’ensemble des inégalités sociales découle d’un privilège initial, féodal, qui définit le capitalisme et en détermine tous les méfaits : le bénéfice des entreprises est accaparé intégralement par les actionnaires alors qu’il est créé par le travail des salariés. Mis à part des mécanismes limités de rémunération des salariés, basés sur le bénéfice (la participation et l’intéressement), sa totalité est soit versée en dividendes aux actionnaires (ce qu’ils touchent immédiatement dans leur compte en banque), soit conservée dans les fonds propres de l’entreprise dont ils sont propriétaires (ce qui leur permet de bénéficier de la hausse de sa valeur en cas de revente de leurs actions). Les salariés n’ont aucun droit de propriété découlant de cette augmentation de la valeur de l’entreprise, et aucun droit de décision sur ses orientations stratégiques. Les actionnaires peuvent donc fixer à leur guise le niveau des salaires et pourront bientôt, en France, si le gouvernement va au bout de ses objectifs, déterminer également le temps de travail sans devoir respecter le code du travail.

 L’idée d’un transfert de la propriété des actionnaires vers les salariés d’une manière démocratique et émancipatrice, et non pas sous le joug d’un État autoritaire et exploiteur, a traversé le socialisme français et s’est partiellement appliquée dans des exemples concrets. En 1917, la loi sur les Sociétés anonymes à participation ouvrières (SAPO) fait naître la possibilité de créer des sociétés qui sont la propriété collective du personnel salarié. Les actions des salariés sont inaliénables et incessibles, mais elles cohabitent avec les actions de capital, dont seuls les détenteurs peuvent fixer les statuts de la société et donc les droits des représentants des salariés dans l’Assemblée générale. Ce système a été très peu utilisé alors qu’il contenait en lui le début d’une transition vers la socialisation. Au cours du XXe siècle, l’idée d’une réforme globale des droits de propriété dans l’ensemble des entreprises a été peu à peu abandonné. Le Conseil national de Résistance a nationalisé des grands secteurs stratégiques, a élaboré la sécurité sociale, mais n’a pas fait la grande réforme de la propriété qui était nécessaire.

 Aujourd’hui en France, les SCOP (Société coopérative de production) sont la principale application du socialisme ouvrier du XIXe siècle. Elles permettent de répartir de manière égalitaire les droits de vote dans les entreprises et garantissent aux salariés d’être majoritaires dans leur capital. Mais elles en restent à une propriété individuelle et lucrative des actions, ce qui ne les fait pas complètement sortir d’un fonctionnement de type capitaliste. Par ailleurs, ce secteur reste une niche qui ne peut réellement émanciper les salariés tant que les coopératives restent dans la concurrence avec les entreprises capitalistes classiques.

 L’enjeu d’une gauche conséquente devrait être de tracer le chemin vers la socialisation de l’ensemble des entreprises. Les mesures visant simplement à réduire la rémunération et le pouvoir lié à la détention du capital (fiscalité dissuasive, diminution des droits conférés par la propriété, plafonnement des dividendes, extension des droits des salariés, etc.) n’attaquent pas la source de l’exploitation et seraient susceptibles d’être abrogées si une majorité au pouvoir le souhaitait. Il faut donc viser l’abolition de la rémunération du capital. C’est vers cet objectif que les propositions économiques de la gauche antilibérale devraient tendre. Les populations du monde entier y ont intérêt, et des tentatives ont été réalisées dans ce sens dans des pays très différents⁶. Au Pérou, en 1970, un décret a imposé le transfert de 15 % des bénéfices des sociétés industrielles vers un « fond indivisible des travailleurs ». Au Danemark, un projet de loi, finalement rejeté par le parlement, proposait d’imposer aux employeurs de financer un fond d’investissement et de participation du personnel. Ce fond aurait disposé de 14 % du stock d’action en dix ans et de 26 % en vingt. En Suède, dans les années 1970-1980, des fonds de pension étaient pilotés par l’État pour permettre aux salariés d’acquérir la propriété d’action.

 Ces tentatives ont malheureusement toujours été éphémères. Mais elles doivent, tout comme les enseignements des socialistes français du XIXe siècle, aider la gauche à mener pleinement le débat sur la propriété. Certains y œuvrent déjà. La CGT Renault, par exemple, avait mené campagne en 2002 pour l’attribution aux salariés, chaque année, de titres de propriété non rémunérés — qui correspondraient à la part de l’accroissement des capitaux propres générée par le travail. À partir de cette idée, la Commission économie du Parti de Gauche a travaillé à la proposition d’une socialisation progressive, qui organiserait le transfert de la propriété d’une part croissante du capital aux salariés en tant que collectif de travail, au prorata de la contribution du travail aux richesses produites. Ce capital ne donnerait pas droit à des dividendes et appartiendrait collectivement aux salariés de l’entreprise.

Le débat sur ce sujet est difficile à mener au sein de la gauche antilibérale, qui craint tout modèle qui pourrait mener à une forme de co-gestion, c’est-à-dire à faire intégrer dans l’esprit des salariés qu’ils partageraient un intérêt commun avec celui des actionnaires. C’est ce danger qui créé également une réticence répandue à l’idée d’un droit de veto des représentants des salariés sur les projets stratégiques des employeurs, et en particulier les plans de licenciements — car ne pas mettre son veto à un licenciement économique, c’est l’accepter et, donc, d’une certaine manière, en être complice. La peur de tomber dans le piège de la co-gestion limite la diffusion des idées sur la socialisation progressive. Pourtant, ce qui distingue fondamentalement ce projet de la co-gestion à l’allemande, c’est que cette dernière ne remet pas en cause fondamentalement le capitalisme. Elle ne fait que réduire les droits liés à la propriété, alors que ce que contient la proposition de socialisation progressive, c’est d’octroyer aux salariés cette propriété.

 Dans la continuité du socialisme français, il est urgent de porter à nouveau la nécessité d’une remise en cause des fondements du système capitaliste, et de ne pas se contenter d’en limiter les conséquences les plus graves : l’austérité, la hausse des inégalités, le chômage, etc. Chercher derrière les effets, la cause. Et se rappeler la grande leçon de Louis Blanc, dans Organisation du travail : « Encore une fois, je le demande, qu’aurait-on dit de l’homme qui, quelques années avant 1789, aurait annoncé la République ? On l’aurait certainement appelé un homme à théories, un rêveur généreux, un utopiste, un fou, que sais-je ? Il aurait dit vrai cependant, et ceux qui l’auraient accusé de folie auraient fait preuve en cela d’imprévoyance et d’aveuglement. Les partisans du nouvel ordre social se trouvent précisément aujourd’hui dans la position de cet homme. Et certes, entre le régime actuel et l’application de nos idées, la distance est infiniment moindre qu’entre la société qui existait la veille de 1789 et celle qui existera le lendemain. »

 D’après une réflexion de Guillaume Etievant

  »Quand la « gauche » et la droite vont dans le même bateau, qui c’est qui tombe à l’eau? » … De Vinette

3 Réponses à “À LA RECHERCHE DU SOCIALISME PERDU”

  1. BIGOT DIT ARPONTAR dit :

    les listes locales UMPS OU RIPOUS aux communales auraient du faire comprendre que ripoublicains et gauche

    centriste bobo faisaient bon mémage et que les F haine n’étaient puissants que pour se bouffer le nez en

    famille et ainsi occupper le « merdias »;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;

  2. binnemaya dit :

    L’idée du salaire à vie de Bernard Friot serait une vrai révolution qui permettrai de sortir du capitalisme.
    Cela vaut surement un article de votre part. Enfin a mon humble avis.
    A+

  3. bel dit :

    Est-ce qu’il arrive que l’homme de la rue s’interroge sur ce paradoxe : le patronat s’acharne à vouloir augmenter le temps de travail alors que six millions de chômeurs sont à la recherche d’un emploi ? Et cet autre paradoxe : trois millions de vieux au travail souhaite ardemment la retraite alors qu’à peu prés autant de jeunes pointent désespérément à pôle emploi.
    Karl Marx expliquait ces contradictions du Système il y a plus de cent cinquante ans.

 

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