FRANCOIS FILLON : un conservateur du 19e siècle

Posté par 2ccr le 6 décembre 2016

amourA l’heure de la mondialisation financière, le programme de Fillon ne peut que profiter aux transnationales et aux plus gros actionnaires, accélérer la paupérisation des classes moyennes et précipiter une partie grandissante de la population dans la misère. Le mirage de l’Age d’Or n’est en réalité qu’un miroir aux alouettes. On comprend l’importance du catholicisme dans ce dispositif.

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Le candidat de la droite et du centre promet aux classes moyennes le retour à l’âge d’or de la bourgeoisie française, celui d’avant 1914. Un positionnement qui répond au malaise de la société française.

Conservateur ? Ultralibéral ? Réactionnaire ? Modéré ? Gaulliste ? Thatchérien ? François Fillon, désormais candidat de la droite et du centre à l’élection présidentielle de 2017, a été cuisiné à toutes les sauces. Laquelle est la plus juste ? Au-delà des étiquettes, il peut être utile de revenir aux inspirations du nouveau chef de file de la droite et à sa tradition historique. Et pour cela, il convient évidemment de revenir au programme qui lui a permis, à la surprise générale, d’emporter deux tiers des voix lors de la primaire.

            La réaction est désordre

Pour comprendre d’où vient François Fillon, il faut examiner ses positions sur la société française. Sur ce plan, on l’a souvent décrit comme un « réactionnaire ». C’est, en réalité, inexact. Certes, le nouveau candidat propose un retour sur quelques points de la loi Taubira, mais ce retour est partiel et ne porte que sur une loi récente. Pour le reste, il n’y a pas de remise en cause des évolutions de la société depuis la fin des années 1960. « S’il est bien entendu indispensable de défendre les valeurs familiales qui fondent notre société, il est aussi nécessaire de prendre en comptes ses évolutions », explique le projet de François Fillon qui, par ailleurs, consacre un chapitre aux droits des femmes et au renforcement de la lutte contre le « sexisme ». Un authentique réactionnaire chercherait non seulement à revenir sur la loi Taubira, mais également sur tout l’héritage de « mai 68 » en favorisant le retrait des femmes de la vie active ou en revenant sur le droit à l’avortement, par exemple. Rien ne dit que ce ne soit pas les convictions profondes de François Fillon, mais ce n’est pas son programme.

Pourquoi ? Parce que le Conservateur ne désire rien tant que l’ordre. Et la réaction est un désordre, c’est une révolution qui veut un retour vers le passé, qui trouble la société. Aussi est-elle rejetée par les Conservateurs qui, eux, sont obsédés par la stabilité. Un Conservateur veut stopper les évolutions pour conserver les acquis actuels. La réaction lui fait en réalité autant peur que le socialisme. Dans les deux cas, la société est malmenée et l’ordre social troublé. François Fillon s’inscrit dans la lignée de la pensée conservatrice française du 19e siècle incarné par un François Guizot. Ce dernier a ainsi lutté ouvertement contre la réaction aristocratique de Charles X, puis, il s’est efforcé de maintenir la société dans l’état qui était celle de la révolution de 1830 : celle qui assurait le triomphe d’une bourgeoisie possédante à la fois contre les masses et contre les Nobles. Le Conservateur entend donc maintenir l’état de fait social pour assurer la stabilité. C’est ce qui avait conduit, par exemple, Adolphe Thiers, longtemps monarchiste, à se rallier après 1871 à la République. Non par conviction, mais parce que c’était le seul état politique qui assurait la stabilité sociale. D’où son mot célèbre d’alors : « La République sera conservatrice ou ne sera pas ». Il s’agit bien, comme le précise le projet de François Fillon, « de prendre en compte les évolutions » de la société tout en les contenant dans ses limites actuelles.

            Eviter la faillite

Cet héritage de la pensée conservatrice du 19e siècle semble l’inspiration première de François Fillon, y compris en matière économique. Là aussi, la stabilité est la priorité : c’est le sens de l’emploi de ce mot de « faillite de l’Etat » prononcée par celui qui était premier ministre en 2007 et qui est repris tel quel dans le projet présidentiel dix ans plus tard. La « faillite de l’Etat » est la grande peur de la classe moyenne française. Ce mode de gestion de l’Etat, utilisé régulièrement par l’Ancien régime, a ruiné des milliers de Bourgeois français, et la Révolution française est d’abord une révolte contre cette gestion. Ce sont les rumeurs de faillite qui décidèrent le Tiers Etat à soulever le peuple les 13 et 14 juillet 1789. On l’oublie souvent à notre époque, où la France est caricaturée en « enfer socialiste à l’Etat démesuré », mais notre pays a longtemps été gouverné sur deux principes simples : le refus de la faillite de l’Etat et la stabilité monétaire. Jusqu’en 1914, la France était un pays à la croissance assez médiocre, mais où les classes moyennes étaient formidablement enrichies par leurs investissements dans les fonds publics et par la monnaie forte. C’était l’âge d’or de la bourgeoisie française, celui où elle pouvait utiliser ses capitaux dans le monde entier pour « la grandeur » du pays. Et, après le choc de la première guerre mondiale, c’est sur un retour à cet âge d’or que Raymond Poincaré en 1926 est revenu au pouvoir. Par l’équilibre des finances publiques et par la monnaie forte, la France devait retrouver sa place dans le concert des Nations après l’humiliation des attaques contre le Franc des années 1920-24.

On retrouve parfaitement cette idée dans le programme de François Fillon. La seule véritable politique publique que propose le nouveau candidat de la droite et du centre, c’est la réduction des déficits. Une fois cette politique réalisée, la France, à son sens, retrouvera sa puissance passée. L’idée que la « gabegie » de l’Etat est la source de l’effondrement de l’influence française est celle qui a présidé au sein de la bourgeoisie française pendant plus de 150 ans. Il en est de même de la monnaie forte, et c’est ce qui explique la conversion de François Fillon, ancien « séguiniste » opposé à Maastricht, à l’euro. La monnaie unique assure, selon l’ancien premier ministre, bien mieux que le franc, la stabilité et la puissance. On est frappé de constater cette obsession qui traverse le projet de François Fillon de faire de l’euro une « monnaie de réserve » à l’égal du dollar. Il y a là le rêve d’un retour à une forme d’étalon-or, une monnaie si stable et si puissante qu’elle assure à l’épargne une valeur permanente. Or, la classe moyenne n’a qu’un désir : disposer d’une épargne sûre et forte. Le programme de François Fillon reprend donc là encore le vieux rêve conservateur du 19e siècle.

            Un Etat réduit sur le plan économique

Sur le plan économique, on est frappé par les critiques qui viennent tant de la gauche (ceci n’est guère étonnant) qui voit dans le programme de François Fillon un « ultralibéral » que des rangs libéraux qui, à l’image de l’économiste Jean-Marc Daniel, y voit un programme « non pas libéral, mais patronal ». On peut comprendre cet apparent paradoxe en revenant encore à cet « âge d’or » bourgeois que constitue le 19e siècle français. Jusqu’en 1914, la France dispose d’un Etat peu présent dans l’économie. Lorsqu’il s’y implique, c’est pour réduire les abus les plus apparents qui gênent les sentiments chrétiens comme le travail des enfants, interdit en 1841 en dessous de 8 ans, ou pour distribuer des avantages aux grands capitalistes, comme dans le cas de la gestion des chemins de fer par la loi de 1842, où l’Etat ne ménage pas les cadeaux aux sociétés privées. Le projet de François Fillon entend réduire le rôle de l’Etat dans l’économie, à la fois en tant qu’acteur direct, mais aussi en tant qu’ordonnateur. Sur le plan social, il le limite à un « filet de sécurité » pour les cas les plus graves : longues maladies ou extrême pauvreté. Pour le reste, l’Etat s’efface.

Ce recul de l’Etat s’inspire évidemment d’une pensée libérale, ce qui ne manquera pas de séduire les Libéraux d’aujourd’hui. Compte tenu du poids de l’Etat dans l’économie française, François Fillon défend, sur le plan économique, une vraie « rupture » qu’il revendique « radicale ». Ce « choc libéral » doit en finir avec le droit du travail, les syndicats, « l’Etat hypertrophié » et, dans ces domaines, le candidat de la droite abandonne, du moins en apparence, sa prudence conservatrice. Il souhaite ici un vrai changement qui soit à la fois « libéral », puisqu’il donne plus de place au marché, mais aussi « réactionnaire », puisqu’il vise à revenir à un Etat moins présent.

Mais, au fond, il est surtout conservateur : car réduire le rôle de l’Etat, c’est assurer moins d’impôt, donc des revenus supplémentaires pour les classes moyennes en garantissant et valorisant au mieux leur épargne tout en réduisant les transferts sociaux. C’est donc renforcer leur position sociale. La « TVA sociale » va dans ce sens. En faisant porter l’effort fiscal davantage sur la consommation que sur les revenus et le capital, on favorise l’état social existant. Et ce n’est pas un hasard si, jusqu’en 1914, les impôts indirects constituaient l’essentiel des ressources de l’Etat français.

            Un vrai « libéral » ?

François Fillon est-il donc réellement « libéral » parce qu’il entend réduire la réglementation du marché du travail ? Dans son projet, on chercherait en vain une vision de libéralisation globale de la société, de stimulation de la concurrence, de lutte contre les rentes existantes, de combat même contre les oligopoles ou l’économie financiarisée. François Fillon ne cherche pas à briser le cadre de l’économie française, seulement à accroître les pouvoirs des chefs d’entreprise. La réduction du cadre législatif et la défiance envers tous les syndicats – étrangère, par exemple, au Gaullisme – dénote moins une volonté de « liberté » qu’une volonté d’ordre. En assurant la hiérarchie dans l’entreprise, on renforce la hiérarchie dans la société et, partant, l’ordre social. Là encore, la référence est bien ce 19e siècle français où les « classes laborieuses » étaient aussi des « classes dangereuses ».

François Fillon veut « libéraliser » pour renforcer la stabilité sociale. Et pour cela, il doit malmener une partie de la société. Mais cette dernière est présentée comme étrangère à la classe moyenne : ce sont les fonctionnaires, les « assistés », les « syndiqués ». Pour les autres, le retour à la « liberté » est l’assurance d’un retour à la prospérité. Une prospérité qui sera ensuite protégée par un Etat fort recentré sur la défense de la propriété et de l’ordre. « Conserver pour acquérir, acquérir pour conserver. » Ce mot du Prince de Metternich pourrait être le résumé du projet de François Fillon. Le libéralisme du nouveau candidat de la droite et du centre est un libéralisme d’ordre, où la libéralisation du marché renforce les pouvoirs sociaux existants. L’idée libérale d’un marché ordonnateur, capable de renverser les hiérarchies sociales semble plutôt étrangère au projet de François Fillon. La valorisation du travail indépendant et de l’entrepreneur ne s’accompagne pas, ainsi, de garanties contre la puissance des grandes entreprises et des donneurs d’ordre. Il ne s’agit que d’assurer leur existence, non le bon fonctionnement des marchés.

            Répondre au désespoir des classes moyennes

François Fillon l’a emporté en promettant le retour à l’âge d’or de la classe moyenne française, celle de l’Etat du 19e siècle, celle où son désir de stabilité sociale et économique était comblé. Il y a certes dans son conservatisme, des éléments réactionnaires et libéraux, mais ces éléments sont toujours mis au service de la stabilité sociale et économique. Le positionnement du candidat de la droite est, il faut en convenir, parfaitement en accord avec les aspirations des classes moyennes françaises. Comme toujours lors de crises profondes, on recherche un retour à un âge d’or. François Fillon oppose sa « radicalité libérale » à la modération jugée stérile du centre et du centre-gauche que les classes moyennes françaises, après le quinquennat de François Hollande, identifient à la hausse des impôts et au déclin. Mais il oppose aussi son conservatisme à la réaction sociale et monétaire du Front national, jugée trop risquée par une grande partie de ces mêmes classes moyennes. François Fillon revendique une « radicalité » qui porte en germe des lendemains qui chantent : ceux de l’enrichissement économique et de la stabilité sociale qui trancheront avec le déclin et les troubles sociaux actuels.

Mais il ne faut pas s’y tromper : la victoire de François Fillon sur un tel programme est avant tout le signe d’une classe moyenne qui a perdu ses repères et ses espérances. En cela, sa démarche n’est pas entièrement étrangère à celle des mouvements dits « populistes » de droite ailleurs en Europe. Comme eux, il devra se confronter à la mise en œuvre de son programme.

latribune.fr –  Romaric Godin – 28/11/2016

 

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