Tout doit être rentable

Posté par 2ccr le 18 mars 2024

Depuis déjà quelques années on nous parle régulièrement de la rentabilité des services publics, comme si un service public devait être rentable, alors que comme son nom l’indique un service public est au service du public, et c’est à l’Etat et à la collectivité d’en assurer le financement. Mais l’Etat choisit de créer un déficit pour ensuite privatiser les services publics qui deviendraient rentables… pour leurs actionnaires mais surement pas pour les usagers. Le service rendu par un Service Public concerne des domaines indispensables au bien-être de chacun et ne peut pas être la propriété d’intérêts particuliers ni soumis à la loi marchande. Par exemple, l’hôpital public n’est pas rentable, n’est-ce pas ? Du moins c’est ce que l’on nous répète, il faut rationaliser ! C’est pour cela que depuis Sarkozy près de 70 000 lits ont été supprimés (1). Quel bénéfice cette destruction a apporté à la population ? Rien, zéro, peanuts ! Par contre, si l’on avait gardé nos capacités de soin et d’accueil, la crise du Covid-19 aurait été toute autre, probablement pas de risque de surcharge dans les services et donc les périodes de confinement, et d’arrêt de l’activité économique auraient été moindres. On aurait pu continuer à prendre en charge les autres pathologies, les autres opérations, continuer à soigner les autres malades et poursuivre les traitements de ceux gravement atteints de cancers. Il aurait été, sans doute possible de vivre pratiquement normalement. Cette vision de rentabilité est faite au détriment de la collectivité, sans prendre en considération les besoins de la population, mais la rentabilité n’a rien à voir avec le bien-être des populations.

N’ayant pas un objectif de profit mais plutôt de qualité de service rendu il est évident qu’un service public sera forcément plus satisfaisant au point de vue coût et résultats. Ne pas faire de profits ne veut pas dire être déficitaire, à condition que son financement ne soit pas compromis par les différents gouvernements au nom de… « la rentabilité ». Ne serait-il pas plus efficace de laisser réfléchir la recherche publique sans la brider, de laisser les moyens à l’hôpital public d’accueillir les patients comme il sait le faire lorsqu’on ne ramène pas chaque acte à une ligne comptable, de garder notre école publique en lui donnant les moyens de former des citoyens critiques, de développer le ferroutage et nos infrastructures ferroviaires et d’en baisser les prix pour l’usager ? La notion de rentabilité pour l’éducation de nos enfants, ou pour la prise en charge de notre santé est totalement incorrect, et nos parlementaires, nos sénateurs, nos hauts fonctionnaires et plus généralement tous nos politiques qui sont selon les dires « au service de la nation et de leurs concitoyens » devraient en être de farouches défenseurs.

A ce petit jeu de la rentabilité, allons jusqu’au bout de la logique. Les gymnases et piscines municipaux, sont-ils rentables ? les jardins d’enfants et les parcs publics, sont-ils rentables ? les routes pour desservir des hameaux de 30 habitants sont-elles rentables ? Les stades, les parcours santé, le balisage de chemins de randonnée, les aires de piquenique, les salles de spectacles municipales… tout ça n’est absolument pas rentable ! La consolidation des berges pour éviter les crues ou la pose de filets sur des parois au-dessus des routes, pour prévenir des chutes de pierres est ce rentable ? Ah, mais là, vous allez me dire qu’il s’agit de sécurité. Oui, mais je ne vous parle pas de sécurité, je parle de rentabilité, ne pas confondre. Si des habitations sont menacées par d’éventuelles crues, eh bien, que les habitants déménagent, si vous avez peur de prendre des rochers sur votre voiture, n’empruntez pas cette route. En fait en langage capitaliste, rentabilité veut dire apporter des dividendes aux actionnaires. Alors oui, dans ce cas, les services publics ne sont pas rentables, les équipements municipaux ne sont pas rentables, les équipements assurant notre protection ne sont pas rentables, mais je pense, et j’espère, que la grande majorité de nos concitoyens sont d’accord pour dire qu’il s’agit de notre qualité de vie.

Par contre, que des entreprises privées soient seulement rentables pour un très petit nombre de personnes et soient une charge pour le reste de la communauté, je trouve cela proprement scandaleux. Les entreprises privées au sein d’un système capitaliste marchand tel que le nôtre, sont incapables de créer des emplois en nombre suffisant. Pas étonnant, leur but est de générer un maximum de profit pour leurs actionnaires avec le moins de salariés possible, de payer un minimum d’impôt et de profiter à plein de ce que l’Etat met à leur disposition, comme les infrastructures ou la formation de leur personnel par exemple. Dans les entreprises privées les diverses exonérations de cotisations sur les bas salaires inférieurs à 3,5 smic représentent une économie de près de 30 milliards (2) pour le patronat, que l’Etat compense par nos impôts, sans parler que cette mesure devait permettre soi-disant d’augmenter la compétitivité et de créer des emplois (3). Entre les subventions, les aides, les avantages fiscaux et les crédits d’impôt, c’est un vrai pactole (4). C’est une somme faramineuse que nous coûtent chaque année les entreprises privées, évidement les plus grosses raflent la mise et les plus petites ont des miettes, c’est la loi du marché ! Au final on finance donc des sociétés privées avec de l’argent public.  Et cette gabegie d’argent public pour quels résultats ? 6 millions de chômeurs (5), 9 millions de pauvres (6), un vrai fiasco. Voilà une chose qui n’est pas rentable, mais pas rentable du tout. Que fait-on ? On supprime les entreprises privées ?

Et que ce soit dans l’éducation, la santé, les infrastructures sportives, ou les transports, la fonction publique fait travailler de nombreuses entreprises privées. Combien d’entreprises privées travaillent pour le secteur public ? Combien de milliards les marchés publics représentent ? Ces services privés sont-ils achetés à leur juste coût ? Quelle est la part distribuée aux actionnaires ? Quelle est la qualité du service fourni ? Pourquoi les capitalistes se plaignent-ils ? Est-ce parce que cette plus-value du travail réalisé par des fonctionnaires appartenant de droit à la collectivité est un cruel manque à gagner pour eux qui ont coutume d’avoir le beurre et l’argent du beurre, et qui trouvent donc que cela n’est pas assez rentable pour eux ?

Alors, un conseil, lorsque l’on vous parle de rentabilité, soyez attentif, car l’on ne va vous dévoiler qu’un aspect du problème, en omettant soigneusement de vous en donner tous les tenants et les aboutissants. Dans notre société façonnée depuis plus de quarante ans par une pensée néo-libérale où tout doit être rentable pour le capital et les actionnaires, il devient évident que tout ce qui ne leur rapporte rien n’est pas rentable. Dans les communes, face au désengagement de l’Etat et à la baisse des dotations, on parle optimisation, coût du service, arbitrages budgétaires… Et même si le terme de rentabilité n’est pas forcement mis en avant, certaines collectivités, faute de moyens, sont parfois amenées à réduire des services publics locaux. Baisse de la fréquentation, coûts de fonctionnement trop élevés, autant de raisons invoquées pour rationaliser, voire fermer certains services. Si l’argent public était prioritairement destiné à faire fonctionner les structures publiques, on ne se poserait pas la question de la rentabilité de ces services. Ne peut-on réfléchir à un autre mode de gestion des services publics ? Actuellement c’est l’Etat qui nomme les « bonnes » personnes, ainsi notre ancienne premier ministre Elizabeth Borne a été nommée Présidente-directrice générale de la RATP avant d’être mise à la tête de la SNCF pour y mener des réformes très controversées. Je pense, donc, que les services publics devraient être « socialisés » pour ne plus avoir une épée de Damoclès aux dessus de leur tête à chaque changement de gouvernement qui impose ses personnes et ses réformes. Faute de mieux je propose une gestion entre les représentants du personnel de ces services, des associations d’usagers et des parlementaires issus de chaque groupe… ce n’est surement pas l’idéal, mais l’idée est de remettre les services publics au service des citoyens. Bien sûr, pour appréhender de telles réformes il faut d’abord sortir de l’idéologie dominante et penser qu’un autre monde est possible. Il faut se demander pourquoi depuis 40 ans nos élites et les médias à leur botte dénigrent les services publics et les fonctionnaires !

REF:

(1) Le quotidien du médecin.fr, « Hospitalisation complète : 69 000 lits en moins en 15 ans ! ». Publié le 03/07/2019. (2)          Rapport du COSAPE (Comité de suivi des aides publiques aux entreprises et des engagements), juillet 2017. (3) « En cumul, depuis 1982, la déformation du partage de la richesse a fait basculer l’équivalent de 1 100 milliards d’euros de salaire brut et 400 milliards d’euros de cotisations patronales des salaires vers les profits. Le sacrifice aurait pu trouver une justification s’il avait alimenté l’investissement, gage supposé de créations d’emplois. Mais ces 1 500 milliards d’euros ont surtout nourri les dividendes (revenus nets distribués aux actionnaires) et l’épargne des entreprises, qui se sont respectivement accrus de six et neuf points entre 1982 et 2010 » Le monde diplomatique, novembre 2012. (4) Ce montant, qui est près de 200 milliards, comprend les aides de l’Etat, les exonérations de cotisations sociales ainsi que les aides régionales et européennes, soit des milliers de dispositifs (6 000 selon certaines sources comme Déficréation)  dont la plupart se cumulent et dont on peut avoir une idée sur le site officiel du ministère  de l’économie : « www.economie.gouv.fr/cedef/aides-publiques-entreprises » ou de l’Urssaf : https://www.urssaf.fr/portail/home/employeur/beneficier-dune-exoneration/exonerations-generales/la-modulation-assurance-chomage.html ou sur le site de la direction de l’information légale et administrative « https ://www.service-public.fr/professionnels-entreprises/vosdroits/F23922 ».Il existe même un site dédié : « http ://www.aides-entreprises.fr/ ». En cliquant sur ce lien vous aurez le choix, souvent cumulable, de 1 624 aides publiques dans 10 domaines. Il suffit de taper son lieu d’implantation et le domaine concerné par la demande d’aide, par exemple emploi-formation ou gestion financière et exonération et s’affiche la liste des aides possibles. (5) Dare indicateur, octobre 2020, indemnisation des demandeurs d’emploi en 2017. (6) 8,88900 millions de pauvres, INSEE, France portail social référence du 19/11/2019

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